La crise démocratique

La crise démocratique

La crise démocratique

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Un « grand débat » s’est tenu durant tout l’hiver, une « concertation citoyenne sur les retraites »a été ouverte le 3 octobre par Emmanuel Macron, à Rodez, et va durer des mois, une « Convention citoyenne pour le climat » étalée sur six week-ends d’automne s’est réunie pour la première fois le 4 octobre… La démocratie participative apparait décidément en marche ! Faut-il s’en réjouir ou s’en inquiéter ?

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Il fallait bien trouver une issue à la crise des « gilets jaunes ». Le « grand débat » en fut une, au moins provisoirement, ne serait-ce que pour éviter que de tels débordements ne se reproduisent. Qui ne voit, en effet, que la démocratie ne saurait se réduire aux seules élections, qu’elle a besoin, entre deux votes, de débats, de concertations, de négociations ? Les différentes instances mises en place peuvent y contribuer, et c’est tant mieux, en pacifiant notre pays, toujours au bord de l’explosion. Cela va, ce faisant, retirer quelques arguments aux populistes, faciliter, le cas échéant, quelques réformes courageuses, concernant le climat comme les retraites. L’exécutif pourra s’en féliciter

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Cela suscite pourtant une inquiétude sourde : si l’on ne peut plus faire une seule réforme – même annoncée pendant la campagne électorale – sans se lancer dans d’aussi lourdes, longues et aléatoires procédures, on risque de déboucher sur une forme de paralysie : il serait tellement plus simple de ne rien faire dans ces conditions ! Au demeurant, ce qu’une convention a proposé (avec quelle légitimité, quelle compétence, ses membres étant tirés au sort ?), une autre pourra le critiquer. Cela peut aussi bien être le cas :

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  • des syndicats ;
  • des citoyens en colère sur les ronds-points (plus nombreux que ceux qui composent la « Convention pour le climat ») ;
  • du gouvernement, si les propositions du panel sont contraires à ses propres promesses électorales validées par le suffrage ;
  • du Parlement – seul vrai dépositaire de la souveraineté du peuple – qui refusera, comme c’est son droit, de se soumettre aux avis d’un échantillon sociologiquement représentatif (en termes de proportion de femmes et d’hommes, de tranches d’âges, de couches sociales, de régions, etc.) mais politiquement sans légitimité (puisqu’ils n’ont pas été élus) et exposés, durant les débats, à toutes sortes de passions, de pressions et de manipulations…

 

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Si l’on souhaite, au fond, remplacer l’élection par le hasard et la politique par la sociologie, autant renoncer à la démocratie représentative, dissoudre le Parlement et le remplacer, tout simplement, par des sondages d’opinion !

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Peut-on faire confiance à la démocratie directe, qui s’apparente au pouvoir de la foule. Le peuple n’est qu’une abstraction, qui n’existe concrètement, si l’on suit notamment Hobbes, Spinoza ou Rousseau, que par la souveraineté qu’il se donne en exprimant sa volonté. Cela ne va évidemment pas sans procédures, institutions, représentation, ni donc sans suffrages (qu’il s’agisse de référendums ou d’élections). La concertation la plus aboutie doit s’y ajouter mais ne saurait en tenir lieu : seul le peuple ou le Parlement ont le droit de trancher en cas de désaccord.

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Ne sacrifions donc pas nos élus et les corps intermédiaires sur l’autel du populisme, ni la souveraineté du peuple sur celui de la démocratie participative !

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Yves URIETA

Président de Convergence Républicaine

Ancien maire de Pau

Membre honoraire du Conseil économique, social et environnemental

Yves Urieta

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