La descente aux enfers

La descente aux enfers

La descente aux enfers

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En 2017, Emmanuel Macron avait réussi à tout chambouler sur son passage, mettre au tapis les partis traditionnels, surclasser la candidate d’extrême droite, effacer la l’alternance droite-gauche et à faire émerger une majorité toute à sa dévotion. Un véritable coup de maître qu’il convient de saluer.

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A l’automne 2018, ayant brusqué les uns et braqué les autres par sa manière d’être et de faire, il a provoqué un mouvement de révolte spectaculaire qui, en deux mois, a déstabilisé et paralysé le pouvoir. Une prouesse tout aussi notable.

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D’ici au printemps, le chef de l’Etat propose, à présent, aux Français, pour tenter de sortir de l’impasse, de participer à un grand débat national dont l’ambition affichée n’est rien moins que de « bâtir un nouveau contrat pour la Nation ». Vaste programme !

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Depuis des lustres, tous les présidents victorieux ont entonné la rhétorique de la rupture : François Mitterrand voulait « changer la vie » ; Jacques Chirac promettait de réduire la fracture sociale ; Nicolas Sarkozy se voulait le grand réformateur d’une France anémiée par les « rois fainéants » qui l’avaient précédé ; quant à François Hollande, il adopta un slogan simple et pratique : « Le changement, c’est maintenant ».

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La révolte des « gilets jaunes  fait écho à d’autres moments de crispation sociale aigue : mai 1968 évidemment, mais aussi la crise de l’école privée en 1984, le mouvement contre le projet Devaquet  de réforme de l’université en 1986, les grandes grèves de l’automne 1995, ou encore le soulèvement d’une partie de la gauche  contre la réforme du droit du travail qui scella le sort de François Hollande en 2016.

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C’est un autre trait constitutif de notre monarchie républicaine, encore renforcé, depuis 1965, par l’élection du président au suffrage universel. Elle a été conçue pour garantir la solidité du pouvoir exécutif et sa capacité  à surmonter les crises : de Gaulle, Mitterrand, Chirac ou Hollande ont pu être ébranlés, ils n’ont pas été renversés.

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Mais la contrepartie est évidente et lourde de conséquences : trop de pouvoir concentré entre les mêmes mains étouffe le pouvoir, le conduit à promettre beaucoup plus qu’il ne peut tenir, le prive de garde-fous, le dispense des négociations indispensables aux réformes consenties, l’invite à l’imprudence, à l’autoritarisme ou au fait du prince ; trop de pouvoir l’isole du peuple et entrave la respiration démocratique du pays, au risque de provoquer de violentes et imprévisibles éruptions sociales. Qui plus est dans un pays centralisé et historiquement jacobin.

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L’instauration du quinquennat présidentiel, effective depuis 2002, devait corriger ce travers en permettant aux citoyens  de juger plus souvent l’action du président et de lui renouveler ou non leur confiance. C’était compter sans les effets pervers de cette réforme : une présidentialisation et une personnalisation accrues du pouvoir, un président comptable de tout à tout moment, privé du paratonnerre (ou du fusible) de Matignon et subissant plus que jamais toutes les tensions, dans une relation électrique avec le pays.

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Emmanuel Macron a donc réalisé, en vingt mois, les deux figures imposées du pouvoir présidentiel : la rupture et le blocage. S’il veut échapper à une humiliante paralysie, il doit  désormais inventer un programme totalement inédit : reconstruire un contrat avec le peuple en cours de mandat. Deux de ses prédécesseurs, François Mitterrand et jacques Chirac, avaient réussi semblable performance, mais en tirant le meilleur profit de périodes de cohabitation qui les mettaient à l’abri de la responsabilité gouvernementale.

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C’est dos au mur – et après avoir méthodiquement fait le contraire depuis qu’il est à l’Elysée – que la président de la République doit tenter de bâtir la « République contractuelle » qu’il appelait de ses vœux durant la campagne. Et c’est en position d’extrême faiblesse qu’il doit convaincre les Français de devenir ces « citoyens actifs qui prennent leur part  dans la transformation du pays » dont il faisait  le socle  d’une « démocratie moderne et saine ».

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Tel est l’enjeu du grand débat national qui s’engage. Miser sur l’échec de cet exercice démocratique sans précédent serait irresponsable et dangereux.   A l’inverse, parier sur son succès relève, à ce stade, de l’illusion. L’essentiel est toutefois, pour les Français et l’idéal républicain, d’y contribuer.

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Yves URIETA

Président de Convergence Républicaine

Ancien maire de Pau

Membre honoraire du Conseil économique, social et environnemental

Yves Urieta

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