La Nation en flammes

La Nation en flammes

La Nation en flammes

La France est une bien étrange démocratie où tout semble reposer sur le bon vouloir d’un homme, le Président de la République, et où le sort s’ingénie inexorablement à démontrer le contraire. Les flammes qui ont ravagé Notre-Dame de Paris, un des monuments les plus emblématiques de l’Histoire de notre pays, lundi 15 avril au soir, ont déjoué le plan de communication d’Emmanuel MACRON qui avait prévu d’engager son va-tout, à 20 heures, lors d’une intervention télévisée devant les Français.

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Tout, à l’Elysée, avait été organisé pour faire monter le désir autour d’annonces fortes, supposées solder la crise des « gilets jaunes » et relancer un quinquennat mal en point. Au lieu de quoi, le pays s’est trouvé plongé dans la sidération et l’affliction en voyant partir en fumée une partie de son « trésor national ». C’est une immense épreuve pour les chrétiens, un grand malheur pour toute l’humanité. Notre Dame est si étroitement associée à notre histoire, la nation entière s’y est si souvent rassemblée dans tous les grands évènements qu’elle a traversés, qu’elle est devenue un symbole national. Victor Hugo a élevé autour d’elle une cathédrale de poésie, si bien qu’aujourd’hui celui qui croit au ciel et celui qui n’y croit pas partagent la même émotion et se retrouvent dans le même recueillement, d’une nature proprement universelle.

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Et, comme si le drame ne suffisait pas, tomba ce tweet douteux du Président américain, Donald TRUMP : « Terrible de regarder les images de l’impressionnant incendie de Notre-Dame de Paris. Peut-être devrait-on utiliser des avions bombardiers d’eau pour éteindre le feu. Il faut agir vite ! ». Comme si les pouvoirs publics français faisaient preuve d’incompétence !

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Le chef de l’Etat aura tout loisir de se rattraper dans les heures à venir mais la dramaturgie qu’il avait imaginée pour sortir du « trou d’air » a d’ores et déjà radicalement changé : même s’il s’est nourri pendant trois mois des attentes de nos concitoyens, même s’il s’est enrichi d’une dizaine de débats au cours desquels il a démontré une parfaite connaissance des dossiers et une capacité singulière de résistance à l’adversité, Emmanuel MACRON ne saurait incarner un roi thaumaturge, adepte des miracles.

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Il est un Président de la République qui tente de guider ses concitoyens sur un terrain ô combien accidenté. Cela requiert de l’humilité et de l’émotion lorsque les drames éclatent. L’homme providentiel a donc fait place au Président compassionnel qui, dans la nuit de lundi à mardi, a su montrer qu’il avait un cœur en masquant avec peine ses larmes devant la cathédrale à demi détruite.

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L’annonce d’une souscription nationale et internationale pour reconstruire « tous ensemble » le monument va également à l’encontre de l’image de très grande solitude que renvoyait ces derniers jours l’Elysée : celle d’un Président barricadé, abandonné par dix-sept de ses collaborateurs alors que la moitié du quinquennat n’est pas encore atteinte, épuisés par la tâche ou déçus de n’avoir pas su mieux répondre aux attentes de leur chef.

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Que s’obstine donc à prouver Emmanuel MACRON ? Qu’il assume tout simplement  le leadership, comme Nicolas SARKOZY avant lui. Ces deux Présidents ont la particularité d’être ou d’avoir été des conquérants : ils ne se sont reconnus dans aucune écurie, ont accédé à l’Elysée avec l’aide d’une toute petite troupe de hussards et se sont fait élire pour changer le pays. Cela leur donne forcément la foi mais ne les met pas à l’abri de grosses bévues. Pour repartir de l’avant, ils ont besoin de relais sur lesquels s’appuyer mais où les trouver ?

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Le grand débat national n’a pas transformé de fond en comble la donne. Mais il a dévoilé l’étendue du champ de ruines qu’est devenue la politique : hormis les maires, qui incarnent la proximité, les représentants du peuple sont déconsidérés, quelle que soit leur étiquette politique ; les Français ne les voient plus que comme des privilégiés fonctionnant en vase clos ; les hauts fonctionnaires sont vilipendés ;  le moment que vit le pays est profondément populiste, renforçant le face-à-face périlleux entre un homme et son peuple.

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On a souvent rendu responsable l’évolution de la Vème République dans cette dérive, mis en cause le quinquennat et l’inversion du calendrier électoral qui font que désormais tout découle d’un seul homme, reléguant le Premier ministre au rang d’exécutant (ou de « collaborateur ») et le Parlement à celui de chambre d’enregistrement. On a, en revanche, moins souvent souligné les raisons ayant conduit au discrédit des élus, qu’ils soient ou non parlementaire. Là encore, les résultats du grand débat national sont éloquents : les participants ont d’abord réclamé d’être entendus et compris afin que leurs problèmes quotidiens soient résolus. Autrement dit, ils ont demandé à la puissance publique d’être à la fois transparente et efficace, deux attributs largement perdus ces dernières décennies.

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L’historien et philosophe Marcel GAUCHET résume parfaitement le sujet lorsqu’il souligne  que, depuis trente ans, « le pouvoir s’est dilué dans une décentralisation mal conduite, des privatisations qui ont privé l’Etat de compétences essentielles pour maîtriser l’appareil administratif, et dans la prolifération d’autorités administratives indépendantes ». Au bout du compte, le système est devenu si complexe que « seuls les initiés le comprennent » et, lorsque les Français ont des comptes à demander, « c’est au Président de la république qu’ils s’adressent », parce qu’il est le seul qui soit réellement identifié.

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Si l’analyse est juste, l’urgence pour Emmanuel MACRON est de conjurer l’impuissance publique. Le Président l’a d’ailleurs promis  pendant son tour de France, en assurant qu’il allait mobiliser les administrations, mettre la pression sur ses ministres, redéployer les fonctionnaires sur le terrain, faciliter l’accès aux services publics, etc. Mais nombre de ses prédécesseurs s’y sont engagés avant lui sans obtenir de résultats probants. Le doute est immense.

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L’autre direction envisagée est de se décharger d’une partie du fardeau sur les collectivités territoriales, très demandeuses d’une nouvelle étape de décentralisation, mais, outre que l’opération n’est  pas de nature à simplifier « le mille-feuille » territorial, sa réussite est conditionnée par la qualité des relations entre le Président de la République et les élus. Or, qui parmi eux a vraiment envie d’aider Emmanuel MACRON, l’homme qui, en 2017, les a tous bousculés en osant se faire élire sur le dos du « vieux monde ».

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Yves URIETA

Président de Convergence Républicaine

Ancien maire de Pau

Membre honoraire du Conseil économique, social et environnemental

Yves Urieta

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