La République en débat : construire le « vivre ensemble »

La République en débat : construire le « vivre ensemble »

 

La République en débat : construire le « vivre ensemble »

 

Le « grand débat national » doit se clore au milieu de ce mois et des conclusions en seront tirées en avril. Il est donc trop tôt pour en faire le bilan mais quelques convictions peuvent déjà s’exprimer : nous vivons un moment important dans une vie politique française que l’on pensait atone, la possibilité nous étant donnée d’un renouveau du fonctionnement démocratique. Du phénomène inattendu des « gilets jaunes » a, en effet, émergé un mouvement d’une vitalité démocratique rare. Toute une population qui semblait se désintéresser de la vie politique s’est ainsi prise de passion pour des débats qui abordent les questions concrètes de leur existence.

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La tendance lourde de l’évolution politique des sociétés occidentales va dans le sens du renforcement d’un fonctionnement « technocratique » où, en raison de la complexité des questions à traiter, les grandes décisions sont prises par des experts puis entérinées par des instances délibératives. La population a, dès lors, le sentiment d’être tenue à l’écart de ces débats entre spécialistes. Les corps intermédiaires – partis, syndicats, collectivités locales, associations – ne jouent eux-mêmes plus de rôle significatif.

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Une réaction s’est manifestée dans le sens d’une démocratie directe, plus égalitaire : toute personne, en tant que citoyen, doit être estimée comme légitime à exprimer son opinion et ses propositions. Au verticalisme du mode de gouvernement s’oppose l’horizontalisme préconisé. Dans l’histoire européenne récente, ce phénomène n’est certes pas nouveau : on peut penser aux manifestations des « indignés » en Espagne et, à certains égards, aux rassemblements « Nuit debout » à Paris. Il est favorisé par le développement des réseaux sociaux qui permettent précisément l’établissement de connexions horizontales sans instance centralisatrice.

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On peut à bon droit s’interroger sur l’organisation d’un débat qui paraît encore très contrôlé par le pouvoir central. Le fait que le Président de la République intervienne seul, durant plusieurs heures, face à un public d’élus ou de citoyens ne peut que renforcer l’image de verticalité qui ne favorise guère une circulation plus équilibrée de la parole. Au fond, les réponses ne sauraient venir seulement d’en haut : qu’il existe une pluralité d’instances (on ne peut se passer d’experts dans les domaines techniques) n’empêche pas que chacun d’entre nous doive se sentir responsable d’une recherche commune.

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Cela soulève la question de l’organisation du « grand débat » : il aurait été de beaucoup préférable que son organisation ait été confiée à des instances davantage indépendantes. Le but n’est surtout pas de montrer que le pouvoir a réponse à tout, selon un schéma vertical de plus en plus contesté, mais qu’il est capable d’accompagner la pluralité des recherches qui émergent des débats locaux. Il ne s’agit pas avant tout de recueillir des avis mais de permettre que s’instaure un dialogue au terme duquel se dessinent des idées que la conduite même du dialogue aura permis de faire émerger.

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Cela suppose une capacité à prendre la parole en public. Certains, qui se sentent aussi peu légitimes, car mal informés, n’oseront pas le faire. Sera-t-on suffisamment inventif pour trouver des méthodes capables de leur donner malgré tout un moyen d’exprimer leurs attentes et leurs propositions? C’est un enjeu décisif afin que la participation soit maximale.

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Il est clair que le « grand débat national » ne va pas résoudre toutes les questions complexes auxquelles nous sommes confrontés : il suffira d’évoquer la question climatique qui nécessite des contributions d’experts spécialisés en ces matières. Les propositions qui en émergeront ne dispenseront pas les instances gouvernementales de prendre des décisions. L’apport principal réside plutôt dans l’instauration d’une nouvelle atmosphère politique : refusant de participer au débat officiel, certains ont organisé des débats « sauvages », exprimant le désir d’une circulation libre de la parole de nature à nourrir la démocratie. Il est réjouissant de constater que, malgré les violences malheureusement constatées, beaucoup de nos concitoyens font une expérience constructive du débat et de l’échange d’idées. C’est une leçon positive à tirer, pour la vitalité de notre République, du moment politique que nous vivons.

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Yves URIETA

Président de Convergence Républicaine

Ancien maire de Pau

Membre honoraire du Conseil économique, social et environnemental

Yves Urieta

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