Le risque du trop-plein

Le risque du trop-plein

Le risque du trop-plein

 

Dans une tribune publiée dans Le Monde (daté du 22 janvier), l’essayiste Giuliano da EMPOLI, ancien conseiller politique de Matteo RENZI, met en garde Emmanuel MACRON contre « la réforme de trop », celle qui permettrait aux « mécontents de tout bord, de l’extrême gauche à l’extrême droite, de dépasser leurs divisions pour s’unir contre le Chef de l’Etat ». Tout en soulignant les différences entre les deux pays, l’auteur dresse un parallèle intéressant entre l’ancien Président du Conseil italien et le Président de la République.

Issus l’un et l’autre du centre gauche, ils ont voulu non pas réformer, mais véritablement « transformer » leur pays. A cette fin, ils ont mené les réformes au pas de charge, dans l’espoir de contenir la montée de la vague populiste. En recensant les raisons qui ont fait échouer l’Italien, da EMPOLI souligne en réalité les trois fragilités actuelles du Français : Emmanuel MACRON apparaît à la fois seul, mal-aimé et incompris, ce qui ne le met pas en meilleure posture pour prétendre à sa succession.

Certes, la formation qu’il a fait naître pour emporter l’élection présidentielle de 2017 lui assure une majorité encore stable à l’Assemblée nationale. Elle ne lui est, en revanche, d’aucun secours pour incarner et relayer son projet, faute de personnalités suffisamment fortes ou implantées dans le pays. Dans le dernier sondage Elabe pour BFM-TV, publié le 22 janvier, le Président continue d’être jugé dynamique (61 %), mais une très nette majorité de Français lui reprochent aussi d’être autoritaire (72 %) et arrogant (70 %).

Son message de 2017, qui était placé sous le signe de la quête de l’égalité réelle, s’est dévitalisé au point de susciter un fort rejet à gauche et au centre gauche, au minimum un sérieux doute. Or, « si le centre s’affaiblit trop, les extrêmes peuvent en un instant devenir le centre », pointe l’ancien conseiller de RENZI : « de nouveaux leaders peuvent émerger, ou d’anciens leaders précédemment jugés trop extrêmes peuvent soudainement devenir acceptables. »

Le risque de « la réforme de trop » a été sérieusement évalué au moment où le gouvernement s’est lancé dans la transformation systémique du régime des retraites. De fortes réticences se sont alors exprimées dans la majorité et au sein du gouvernement. Emmanuel MACRON a tranché : la réforme se fera car elle figurait dans ses engagements de campagne et deviendrait, par sa difficulté même, le marqueur de son ambition transformatrice.

Le Chef de l’Etat ne sous-estimait sans doute pas la fronde qu’elle était susceptible de susciter mais il pensait pouvoir s’en préserver en poussant en avant le Premier ministre, qui a ainsi joué son rôle traditionnel de fusible. Ce calcul n’a cependant qu’imparfaitement réussi, Edouard PHILIPPE parvenant certes à solidifier la base du macronisme, les sympathisants LRM auxquels s’ajoute une part non négligeable du centre-droit, sans pour autant protéger véritablement le Président de la République, confronté à un feu roulant de critiques autour de son « autoritarisme ».

L’actualité de la réforme des retraites explique en grande partie la difficulté rencontrée. A la mi-temps de son mandat, le Chef de l’Etat est comptable des petites phrases qui, au début du quinquennat, ont détérioré sa relation avec les Français, des difficiles relations qu’il entretient depuis 2017 avec les partenaires sociaux et de la violence qui s’est développée lors du mouvement des « gilets jaunes ». Celle-ci a deux incidences fortes :

  • Elle pousse à la radicalité sur le plan social ;
  • Elle met au défi la police de continuer à incarner l’ordre républicain.

Si l’image des forces de l’ordre apparait préservée dans l’opinion, elle se détériore fortement auprès des jeunes qui sont tout particulièrement sensibilisés aux violences policières.

En marge de la réforme des retraites, qui souffre d ‘un déficit persistant d’explication et d’évaluation, s’est ainsi développée une grave controverse autour de la démocratie. Dans l’avion qui le ramenait de Jérusalem, le 23 janvier, Emmanuel MACRON a dénoncé le discours politique extraordinairement coupable de certains responsables de l’opposition qui laissent entendre qu’une certaine forme de dictature se serait installée. Etaient sans doute visés la France insoumise et certains syndicalistes de SUD et de la CGT, après une semaine de résistance à la réforme des retraites marquée par des coupures sauvages d’électricité, des affrontements sporadiques avec les forces de l’ordre et des slogans radicaux du type « Louis XVI, Louis XVI, on l’a décapité, MACRON, MACRON, on veut recommencer ».

Rappelant que, dans une démocratie représentative, le peuple souverain est représenté par « des élus qui portent sa voix », et auxquels « le respect » est dû, il s’est entendu rétorquer que « la démocratie aujourd’hui ne permet pas à la majorité de s’exprimer » (Manon AUBRY, La France insoumise), et que « la violence est du côté du pouvoir » (Jean-Luc MELENCHON). Aux voix de la gauche radicale s’est ajoutée celle de Ségolène ROYAL, ex-ambassadrice des pôles, récemment démise de ses fonctions, qui a dénoncé « un pouvoir autoritaire, un pouvoir qui n’en fait qu’à sa tête, qui assiste à la souffrance des citoyens sans réagir ».

Ce procès en démocratie intervient alors que l’exécutif ne parvient toujours pas à mettre l’opinion publique clairement de son côté s’agissant de la réforme des retraites. Il constitue, pour le Président de la République, le signal le plus alarmant de la période car la représentation d’un peuple oppressé par une minorité de nantis constitue le moteur même du populisme.

S’il ne parvient pas à le contrer, la réforme des retraites risque bel et bien de devenir « la réforme de trop ».

 

Yves URIETA

Président de Convergence Républicaine

Ancien maire de Pau

Membre honoraire du Conseil économique, social et environnemental

Yves Urieta

0 Avis

Laisser une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*