Macron : respecter l’histoire de la Nation

Macron : respecter l’histoire de la Nation

La polémique a enflé depuis les propos prononcés par le Chef de l’État, mercredi 7 novembre, lors d’une étape de son périple mémoriel à l’occasion des commémorations de la fin de la Grande Guerre : Emmanuel Macron a-t-il eu raison de dire que Pétain, « grand soldat de la Première guerre mondiale », méritait un « hommage » ?.

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Ces propos avaient, à l’évidence, leur part d’ambiguïté. Il dit, par exemple : « Philippe Pétain était un grand soldat de la Première Guerre mondiale », ce qui est un fait objectif. Mais Pétain a aussi été, second fait objectif, un traître pendant la Seconde Guerre mondiale, traître à sa patrie puisqu’il a collaboré avec les nazis et traître aux valeurs républicaines puisqu’il a soutenu les lois antisémites de l’État français qu’il présidait. Emmanuel Macron a dit , à juste titre, que Philippe Pétain avait fait des choix funestes et le mot est juste.

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En fait, Emmanuel Macron a eu raison sur toute la ligne, mais il a déclenché malgré tout une polémique parce que samedi prochain est organisé aux Invalides un hommage républicain aux maréchaux français vainqueurs de la Première Guerre mondiale. L’état-major de l’armée française, qui en est l’organisateur, avait prévu, dans un premier temps, d’y associer Pétain comme l’attestent des documents de début septembre.

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Cet épisode avait créé un débat au sein de l’armée. L’Élysée va le trancher notamment par l’intermédiaire du chef d’état-major particulier du Président de la République : Pétain sera écarté de l’hommage national comme l’a signifié Florence Parly, ministre des Armées, le 30 octobre.

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Pourtant , Emmanuel Macron s’est exprimé de manière ambiguë en évoquant un « hommage » au maréchal et certains de ceux qui connaissaient cet arrière-plan de la cérémonie des Invalides ont pensé que le Président de la République voulait ou avait réintroduit Pétain dans l’hommage national.

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Associer dans un même hommage les huit maréchaux vainqueurs de la bataille de Verdun, dont Pétain, pourtant déchu de son rang dans les forces armées, condamné à la peine de mort pour intelligence avec l’ennemi et haute trahison, et frappé d’indignité nationale, voilà bien une initiative pour le moins malencontreuse. On comprend que certains de nos concitoyens se soient indignés qu’un tel hommage puisse être rendu par la Nation à Pétain, qui fut un ennemi ouvertement déclaré de la République, qui a trahi et déshonoré notre pays. La parenthèse scélérate et collaboratrice de Vichy reste une tache indélébile de notre Histoire qui rend inacceptable tout hommage à son chef, quel qu’en soit le prétexte.

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Vérification faite, il apparaît bien que Pétain ne sera pas associé à cet hommage national. Il demeure un paria de la Nation, et c’est très bien ainsi. Mais le rétropédalage de l’Elysée a ajouté au trouble causé par les propos du Chef de l’Etat.

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Cette polémique nous apprend deux choses :

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–           d’abord, que le rapport à l’histoire demeure toujours très compliqué dans ce pays, ce qui traduit un trouble identitaire qui a une application contemporaine sur l’Europe, avec le débat sur la construction européenne.

–          ensuite, la communication d’Emmanuel Macron est trop souvent ambiguë, trop souvent approximative, teintée aussi de petites formes provocatrices qui peuvent parasiter l’action de l’exécutif.

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Elle est surtout révélatrice du divorce entre le Président de la République et le pays dans ses profondeurs.

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Elle ne doit pas nous distraire des controverses portant sur la politique du gouvernement en matière notamment de fiscalité et de pouvoir d’achat qui intéressent au premier chef les Français.

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Yves URIETA

Président de Convergence Républicaine

Ancien maire de Pau

Membre honoraire du Conseil économique, social et environnemental

 

Yves Urieta

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