Pour la République sociale !

Pour la République sociale !

Pour la République sociale !

 

 

Emmanuel Macron avait promis, pour « l’acte II » de son quinquennat, « plus d’humanité ». En s’exprimant, mardi 11 juin, devant l’Organisation internationale du travail (OIT), à Genève, le Président de la République s’était même livré à un vibrant plaidoyer en faveur de la justice sociale, refusant que « l’ajustement économique et financier » prévale sur les « droits sociaux ». Il avait fait l’éloge du tripartisme – le fondement de l’OIT, qui recherche des compromis entre l’Etat, les employeurs et les travailleurs -, disant vouloir s’en inspirer en France.

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La réforme de l’assurance-chômage, sur laquelle l’Etat avait repris la main après l’échec des négociations entre les syndicats et le patronat, le 20 février, lui fournissait l’occasion de mettre en pratique sur le dialogue social un changement de méthode. Ce fut peine perdue : la justice sociale est, de fait, la grande oubliée du dispositif annoncé, mardi 18 juin, par le Premier ministre, Edouard Philippe.

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Les objectifs de la réforme sont difficilement contestables :

  • il s’agit d’abord de réaliser, entre novembre 2019 et la fin 2021, 3,4 milliards d’euros d’économies pour ne pas alourdir une dette déjà abyssale ;
  • Il s’agit, ensuite, alors que le chômage est sur une courbe descendante, de réduire le nombre de chômeurs entre 150 000 et 250 000 d’ici à la fin du quinquennat.

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Mais les remèdes choisis sont particulièrement durs pour ceux qui vont s’inscrire à Pôle emploi et sont frappés du sceau de l’iniquité. Il est vrai que quand l’Etat se substitue aux partenaires sociaux, il ne fait que des mécontents : cela avait déjà été le cas lorsque, le 24 novembre 1982, Pierre Bérégovoy, ministre (socialiste) des affaires sociales, devant l’incapacité des syndicats et du patronat à s’entendre, avait pris un décret qui avait accentué les inégalités de traitement entre chômeurs, donnant naissance à ce qu’on avait appelé « les nouveaux pauvres ».

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Prenant le risque de se mettre à dos les syndicats, mais sachant que ces mesures sont généralement bien accueillies par l’opinion, le gouvernement a très sensiblement durci les règles pour bénéficier d’une indemnisation : à l’avenir, il faudra ainsi avoir été en activité pendant 6 mois (au lieu de 4 aujourd’hui) sur une période de 24 mois (au lieu de 28) pour toucher une allocation dont les modalités de calcul ont-elles-mêmes été revues à la baisse.

Lors de la réunion entre les partenaires sociaux et le Premier ministre, mardi, Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, a présenté plusieurs cas concrets de demandeurs d’emploi pour démontrer que cette réforme va faire, selon lui, « 100 % de perdants, rapidement ». Une manière peu opportune de tirer les leçons du scrutin européen et de la crise des gilets jaunes.

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Philippe a aussi institué une dégressivité des prestations pour les cadres qui n’était pas demandée par le patronat et dont l’efficacité sur la reprise d’emploi est douteuse. Les salariés qui touchaient, lorsqu’ils étaient en poste, plus de 4 500 euros brut par mois subiront, s’ils sont au chômage à moins de 57 ans, une baisse d’allocation de 30 % au bout du 7ème mois.

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Sur la lutte contre la précarité, l’engagement de campagne de M. Macron sur la création d’un bonus-malus pour pénaliser les entreprises qui abusent des contrats courts n’est que partiellement tenu : il ne concernera que sept secteurs, le bâtiment et le médico-social, pourtant particulièrement friands de tels contrats, étant étrangement épargnés. La réforme comporte certes des mesures positives sur la formation et l’accompagnement des chômeurs, qui ne suffisent toutefois pas à la rééquilibrer dans le sens de la justice sociale.

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Du discours aux actes, il y a donc un gouffre béant. Les partenaires sociaux savent, à présent, à quoi s’en tenir sur la réalité du tournant social du quinquennat.

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Yves URIETA

Président de Convergence Républicaine

Ancien maire de Pau

Membre honoraire du Conseil économique, social et environnemental

Yves Urieta

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