Quel avenir pour l’écologie ?

Quel avenir pour l’écologie ?

Quel avenir pour l’écologie ?

 

Qui sera le véritable porte-drapeau de l’écologie ? Le converti de fraîche date, en l’occurrence Emmanuel MACRON, ou l’homme qui aura su faire évoluer la doctrine, à savoir Yannick JADOT ? Ces questions peuvent sembler incongrues mais, si l’on suit le raisonnement de Jérôme FOURQUET, l’auteur de « L’Archipel français » (Seuil, 384 pages, 22 €), c’est bien un mouvement de fond qui agite la société française. « La matrice écologique est en train de se substituer à la matrice catholique », explique ainsi, dans Le Figaro (daté 31 août), le directeur du département opinion de l’IFOP.

 

Après avoir analysé, dans son dernier livre, tout ce qui a contribué à favoriser la profonde déstructuration de la société française ces trente dernières années, l’auteur met en exergue ce qui pourrait de nouveau la cimenter. L’écologisme, plaide-t-il, fonctionne sur le plan sociologique et culturel comme la matrice catholique. Il possède sa «figure prophétique », Greta THUNBERG, « sorte d’hybride entre Jeanne d’Arc et Bernadette Soubirous », une vision apocalyptique de fin du monde reposant sur la culpabilité des hommes, ses sanctuaires – la biodiversité -, ses convertis – les agriculteurs qui passent au bio -, mais aussi ses préceptes de vie – tri des déchets, économies d’énergie, interdits alimentaires – qui touchent à la vie de tous les jours et modifient en profondeur notre mode de vie.

 

Ce parallèle entre écologisme et catholicisme mérite évidemment d’être creusé et questionné, mais, alors que la plupart des idéologies sont en panne et qu’une grande partie des citoyens doute de la pertinence des récits politiques, il a le mérite de montrer la force que pourrait procurer à celui qui parvient à s’en saisir un projet écologique à visage humain.

 

Depuis que les élections européennes de mai dernier ont montré la capacité d’attraction qu’exerce la cause écologique sur les jeunes, Emmanuel Macron agit avec la foi du nouveau converti : Article 1er de la Constitution : la République française « agit pour la préservation de l’environnement et de la diversité biologique et contre les changements climatiques », souhaite-t-il inscrire dans le texte constitutionnel ; il l’a dit lors du dernier conseil des ministres, alors que trois projets de loi étaient présentés. Encore faut-il que la droite accepte de voter la réforme, qui prévoit aussi de réduire de 25 % le nombre des parlementaires, ce qui est, à ce jour, loin d’être assuré.

 

Les purs crient, bien entendu, à l’imposture : ils entendent des mots, toujours des mots, mais sont en attente d’actes ? En moins de trois ans, trois personnalités se seront succédé au ministère de la transition écologique et solidaire – Nicolas HULOT, François de RUGY, Elisabeth BORNE – sans parvenir à marquer de point décisif. Personnes n’ayant réussi avant eux, Emmanuel MACRON persiste. Il utilise autant qu’il le peut sa position de Chef de l’Etat, comme lors du dernier G7 où sa détermination a été unanimement saluée : contre BOLSONARO sur la forêt amazonienne ; contre le  Mercosur, ce traité de libre-échange qu’a tenté d’imposer à l’Europe la Commission européenne sortante. Les écologistes n’ont rien pu dire en riposte si ce n’est croiser le fer sur un autre terrain, celui de la défense du courlis cendré, un petit échassier qui fait partie des espèces menacées et dont le ministère de la transition  écologique et solidaire a autorisé, cet été, la chasse.

 

Parlez à Yannick JADOT du nouvel activisme du Chef de l’Etat et il s’indigne aussitôt du « cynisme » du Chef de l’Etat. Cela le conduit même à comparer Emmanuel MACRON à Nicolas SARKOZY, qui avait lancé, en 2007, le Grenelle de l’environnement, avant d’être incapable ensuite de le décliner, faute de  conviction. Lui se positionne comme celui qui aura su sortir la cause écologique de son enfermement.

 

Depuis les 13,1 % de suffrages qu’il a engrangés sur son nom lors des dernières élections européennes, l’ancien animateur de Greenpeace répète, tel un prophète, que « le temps de l’écologie est venu ».   Convaincu  de bénéficier, en la matière, de ce supplément  d’âme qui manquerait au Chef de l’Etat, il s’emploie à rendre la doctrine plus aimable, la malaxe  pour tenter d’en faire  « un beau projet partagé » , ainsi qu’il l’a dit sur France Inter dimanche 1er septembre. Plutôt que de « culpabiliser » les Français, il veut les convaincre pour les « entraîner » et, ce faisant, se libérer de ses propres entraves. Car au sein de son parti, Europe Ecologie Les Verts, un certain nombre d’intégristes n’aiment pas du tout cette ouverture  au centre que le refondateur prône : elle risque , selon eux, d’affadir leur idéologie, qui se veut une alternative radicale au capitalisme et au libre-échange.

 

L’avènement d’une écologie plus positive et plus inclusive  est bien le phénomène marquant de la période. Il résulte de la mise en concurrence du nouveau converti MACRON et du modernisateur JADOT dans un contexte post « Gilets jaunes », qui rend indispensable l’adoption d’un nouveau compromis entre l’écologie et le social. Par-delà leur différence, les deux hommes ont en commun de vouloir dépasser le clivage gauche-droite et de se disputer un électorat sociologiquement très proche. Mais ils butent aussi sur la même difficulté : ils manquent de relais pour faire prospérer leur chapelle.

 

EELV ne dirige qu’une seule ville de plus de 100 000 habitants, Grenoble ;  la République en Marche n’en a aucune. En mars prochain, lors des élections municipales, les sortants de droite comme de gauche feront tout pour leur barrer la route, au nom de cet écologisme pragmatique qui imprègne depuis des années la gestion des grandes municipalités.

 

Un retour aux valeurs ancestrales de la République s’impose plus que jamais, une République sociale orientée autour de la recherche du bien commun. Ce qui suppose d’en finir avec le règne de la confusion.

 

Yves URIETA

Président de Convergence Républicaine

Ancien maire de Pau

Membre honoraire du Conseil économique, social et environnemental

 

Yves Urieta

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